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#14 Shein, Temu : ce que cache vraiment un prix trop bas

#14 Shein, Temu: Was ein verdächtig niedriger Preis wirklich verbirgt

Chez Deutsche Telekom, j'ai passé des années à regarder des comptes d'exploitation. Une chose qu'on apprend en finance, c'est qu'un prix anormalement bas n'est jamais un miracle industriel. C'est toujours quelque chose qui a été retiré de la facture — un coût déplacé, une taxe évitée, une qualité sacrifiée quelque part que le client ne voit pas.

Depuis le 1er juillet 2026, l'Union européenne applique un droit de douane forfaitaire de 3 euros sur les colis de faible valeur en provenance d'Asie, ceux qui échappaient jusque-là à toute taxation en dessous de 150 euros. Depuis le 26 mars, les plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress sont par ailleurs devenues juridiquement des « importateurs réputés », responsables de la conformité de ce qu'elles vendent aux normes européennes. Un système permanent, le EU Customs Data Hub, doit supprimer complètement le seuil des 150 euros d'ici 2028.

Le chiffre qui m'a arrêté en le lisant : l'UE reçoit environ deux milliards de colis par an sous ce régime, et seulement 0,006 % d'entre eux sont physiquement contrôlés par les douanes. Sur cette base, Shein aurait généré plus de 30 milliards d'euros de chiffre d'affaires en Europe en évitant jusqu'à 12 % de droits de douane qu'un importateur classique aurait dû payer.

Ce que ça change, très concrètement

Une paire de baskets à 15 euros vendue depuis la Chine ne devient pas soudainement une paire à 30 euros à cause de 3 euros de douane. Mais ces 3 euros, ajoutés à une conformité produit désormais vérifiable, sont les premiers centimètres d'un mur qu'on commence enfin à construire autour d'un système qui, pendant des années, a fonctionné en dehors des règles que tout le monde d'autre devait respecter. Une entreprise qui fabrique en Europe, qui paie des cotisations sociales à ses ouvriers, qui fait certifier son cuir, a rivalisé pendant des années avec des prix qui n'étaient tout simplement pas honnêtes.

Je ne dis pas ça avec de l'amertume commerciale — Singulaar n'est de toute façon pas positionné sur le même segment de prix, et je ne prétends pas qu'une paire à 15 euros et une paire fabriquée à Cologne s'adressent au même acheteur. Je le dis parce que la transparence sur le prix, c'est exactement ce qui manque dans ce débat depuis toujours. Quand un produit est trois à cinq fois moins cher qu'un équivalent fabriqué dans des conditions vérifiables, la question à se poser n'est pas « comment font-ils pour être aussi compétitifs ? » mais « qui, ou quoi, paie la différence à ma place ? ». Parfois c'est une faille fiscale. Parfois c'est un salaire. Souvent, c'est les deux.

La limite de cette mesure — je préfère le dire

Un tarif de 3 euros par colis ne va pas rendre la fast-fashion ultra bon marché non compétitive du jour au lendemain. Les plateformes ont déjà commencé à s'adapter — certaines optimisent leur logistique pour limiter l'impact, d'autres testent des entrepôts en Europe pour contourner le sujet des colis individuels. Une taxe n'est jamais la fin de l'histoire, c'est un ajustement de règles du jeu qui restera en mouvement pendant des années. Et 0,006 % de colis contrôlés, même avec un tarif forfaitaire, ça reste un système où l'écrasante majorité des produits qui entrent en Europe n'est vérifiée par personne.

Ce que je retiens, en tant que fondateur d'une marque qui fabrique en Europe depuis le début : ce n'est pas la fin d'un modèle, mais c'est la première fois qu'on commence sérieusement à en révéler le coût caché. Le reste, ça reste une question de choix — le vôtre, quand vous regardez une fiche produit et son prix, et que vous vous demandez honnêtement ce qu'il y a derrière.

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