#19 15,1 millions de Français en éco-anxiété. Le vrai problème, ce n'est pas l'angoisse.

#19 15,1 Millionen Menschen in Frankreich mit Öko-Angst. Das eigentliche Problem ist nicht die Angst.

420 000. C'est le nombre de personnes que l'Observatoire de l'éco-anxiété (Obseca), en partenariat avec l'Ademe, considère aujourd'hui à risque réel de basculer vers une dépression ou un trouble anxieux à cause du climat. L'étude, publiée le 4 septembre, chiffre plus largement l'éco-anxiété à 15,1 millions de Français — environ une personne sur trois entre 15 et 64 ans. Une hausse de 20% en deux ans. Les 15-24 ans sont les plus touchés, loin devant les 35-64 ans. En tête des inquiétudes : les incendies (47%), les canicules (44%), l'extinction des espèces (41%).

J'ai deux enfants de sept et dix ans. Cette étude ne me parle pas en tant que fondateur de marque, elle me parle en tant que père qui essaie de comprendre ce qu'ils vont hériter de nous.

Ce que cette étude confirme, et ce qu'elle ne dit pas

Elle confirme ce que beaucoup de gens ressentent déjà sans avoir de chiffre à mettre dessus : le climat n'est plus un sujet abstrait pour la génération qui a grandi avec des étés à 40°C et des forêts qui brûlent en direct sur les réseaux. Le psychologue Pierre-Eric Sutter, qui suit ce sujet depuis des années, le résume ainsi : le réchauffement climatique n'est plus un phénomène distant, les Français ont compris qu'ils n'en échapperaient plus.

Ce que l'étude ne dit pas, en revanche, c'est quoi faire de cette angoisse. Et c'est là que beaucoup de marques, y compris dans la mode responsable, se plantent complètement.

L'erreur classique : transformer l'angoisse en culpabilité

La réaction la plus commune, dans la com' de marque comme dans le débat public, c'est de répondre à l'éco-anxiété par encore plus de pression : "réduisez votre consommation", "boycottez ça", "vous êtes le problème si vous achetez encore ceci". C'est confortable à écrire, ça donne l'impression de prendre le sujet au sérieux. Mais du point de vue de quelqu'un qui vit déjà avec cette angoisse dans le ventre, ce discours ne soigne rien — il referme encore un peu plus l'espace d'action. On ne traite pas une sensation d'impuissance en répétant à quelqu'un qu'il est coupable et impuissant à la fois.

Ce qui aide, d'après ce que je vois année après année chez les gens qui nous écrivent, c'est l'inverse : redonner un espace d'action concret, même petit, même imparfait.

Pourquoi un choix concret pèse plus qu'un discours

On a construit l'engagement de Singulaar autour d'un chiffre précis plutôt que d'une promesse vague : 1 kilo de plastique en moins dans l'océan par paire vendue. Pas parce que ce kilo va, à lui seul, sauver quoi que ce soit — il ne le fait pas, et prétendre l'inverse serait exactement le genre de mensonge qu'on refuse de raconter. Mais parce qu'un chiffre vérifiable donne quelque chose de concret à quelqu'un qui, sinon, ne fait que lire des statistiques sur des phénomènes qu'il ne contrôle pas.

Une paire de chaussures ne résout pas le changement climatique. Ça, personne de sérieux ne peut le prétendre. Mais un choix de consommation cohérent avec ce qu'on pense, répété dans le temps, redonne une chose que 15 millions de personnes n'ont plus en ce moment : le sentiment que leurs décisions comptent pour quelque chose de mesurable, pas juste pour se donner bonne conscience.

Ce qu'on ne dira pas à sa place

Je ne suis ni psychologue ni médecin, et cet article ne prétend en aucun cas remplacer un accompagnement professionnel pour quelqu'un dont l'éco-anxiété devient réellement invalidante — ce sont, selon l'étude, plusieurs centaines de milliers de personnes en France, et ça mérite d'être pris au sérieux au-delà d'un article de blog sur une marque de sneakers. Ce qu'on peut dire, à notre échelle, c'est que la consommation responsable n'est pas un pansement thérapeutique — c'est un des leviers d'action réels qui existent, à côté de tous les autres : voter, s'informer, s'engager localement, en parler avec ses enfants sans les paralyser de peur.

Mes enfants me posent parfois des questions sur les incendies qu'ils voient aux infos. Je ne leur réponds pas avec des statistiques sur l'éco-anxiété. Je leur montre ce qu'on a choisi de faire différemment, et je les laisse se faire leur propre avis sur si c'est suffisant. Spoiler : ça ne l'est jamais complètement. C'est peut-être ça, la vraie réponse à donner à quelqu'un d'anxieux — pas "tout va s'arranger", mais "voilà ce qui est entre mes mains, et je le fais".

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